« Partenariats au service de la paix, de la réconciliation et de la guérison des mémoires dans la région des Grands Lacs »
Du 2 au 9 septembre 2026, le Burundi a accueilli une délégation du Diocèse de Rottenburg-Stuttgart, conduite par Son Excellence Mgr Klaus Krämer. Cette visite s’inscrivait dans le cadre du partenariat entre le Diocèse de Rottenburg-Stuttgart, le Diocèse de Bururi, le Projet Paix et Réconciliation (PPR), le Centre pour la Paix et la Réconciliation (CPR) de Nyanza-Lac et d’autres partenaires engagés dans la promotion de la paix dans la région des Grands Lacs.
La mission visait à renforcer les relations de fraternité et de coopération, à valoriser les initiatives locales de paix et de réconciliation et à dégager des perspectives concrètes de collaboration. Elle a également permis d’approfondir plusieurs enjeux liés à la guérison des mémoires, à la prévention des conflits, à l’accompagnement psychosocial, à la formation et à la mobilisation communautaire.
Une première étape à Mont Sion Gikungu
Le 3 septembre, la délégation a visité Mont Sion Gikungu où elle a rencontré les responsables du Projet Paix et Réconciliation. Cette rencontre a permis de présenter les principales activités du PPR dans les domaines de la paix, de la réconciliation, de la prévention des conflits, de la recherche, de l’éducation à la paix et de la formation.
Les échanges ont également porté sur les perspectives d’accompagnement du CPR de Nyanza-Lac, la formation et le dialogue, la recherche-action participative ainsi que les initiatives en faveur de la guérison des mémoires. Les participants ont rappelé que la paix ne peut être réduite à l’absence de violence. Elle implique également la restauration de la confiance, le respect de la dignité humaine, la justice, l’écoute des victimes, la prévention de nouvelles violences et la reconstruction progressive du vivre-ensemble.
L’inauguration du Centre pour la Paix et la Réconciliation
Après son arrivée à Nyanza-Lac le 6 septembre, la délégation a pris part, le 7 septembre, aux activités d’inauguration officielle du Centre pour la Paix et la Réconciliation. La journée a commencé par une célébration eucharistique au cours de laquelle Mgr l’Évêque de Bururi a souligné l’engagement de l’Église en faveur de la dignité humaine, de la fraternité et de la reconstruction des relations sociales.

La cérémonie officielle a ensuite réuni des responsables ecclésiaux, des autorités administratives, les partenaires du PPR et du CPR, des représentants de la société civile, des leaders communautaires, des jeunes, des femmes ainsi que la délégation de Rottenburg-Stuttgart.

Le CPR est appelé à devenir une plateforme de dialogue, de formation, de réconciliation, d’accompagnement psychosocial et de mobilisation communautaire. Sa mission comprend notamment la prévention des conflits, la guérison des mémoires, le renforcement de la cohésion sociale et la promotion d’une culture durable de paix.
Des partenariats au service de la paix
Dans son intervention, Mgr Salvator Niciteretse, Évêque de Bururi, a exprimé sa reconnaissance au Diocèse de Rottenburg-Stuttgart ainsi qu’à toutes les personnes et institutions ayant contribué à la réalisation du Centre. Il a souligné que le CPR est le fruit d’une démarche collective et qu’il devra être au service de l’ensemble de la population.
Le Dr Aloys Misago a, pour sa part, invité les communautés à s’approprier le Centre. Celui-ci ne doit pas être considéré uniquement comme une infrastructure, mais comme un outil collectif au service de la paix, de la cohésion sociale, de la réconciliation et de la guérison des blessures individuelles et collectives. Il a également insisté sur la nécessité d’impliquer les autorités religieuses et civiles, les jeunes, les femmes, les professionnels de la santé mentale, les éducateurs, les chercheurs et la société civile.
Mgr Klaus Krämer a souligné que la paix est une responsabilité partagée. Il a rappelé que les partenariats entre diocèses reposent non seulement sur la coopération matérielle, mais également sur le dialogue, la confiance, l’apprentissage mutuel et la solidarité. Il a exprimé le souhait du Diocèse de Rottenburg-Stuttgart de poursuivre son soutien au CPR, notamment dans le travail sur les traumatismes et les mémoires blessées.
Le Gouverneur de Burunga, M. Pacifique Mboninyibuka, a salué la création du Centre et exprimé le souhait que celui-ci puisse servir au-delà de Nyanza-Lac et bénéficier à différentes communautés du Burundi.
La cérémonie s’est poursuivie par la coupure du ruban, marquant officiellement l’ouverture du Centre, suivie d’une animation culturelle présentée par le Club Amahoro du CPR et d’une photo de famille.
De 2014 à l’inauguration : un chemin de douze années

L’histoire du CPR remonte à 2014, à la suite d’un atelier organisé à Nyanza-Lac. Progressivement, l’idée d’un centre consacré à la paix, à la réconciliation et à la cohésion sociale s’est structurée. Une nouvelle étape a été franchie en avril 2023, avec la réflexion sur la construction du Centre et la perspective de développer, à plus long terme, un institut supérieur consacré aux questions de paix et de réconciliation.
Entre 2023 et 2025, plusieurs ateliers et activités de sensibilisation ont été organisés à l’intention notamment des autorités et des responsables communautaires. Dans cette dynamique, le GIPRES, en collaboration avec l’Université du Burundi, envisage également un programme de master dans le domaine de la paix et de la réconciliation.
Malgré les retards liés notamment à l’inflation, à l’augmentation des coûts de transport et de la main-d’œuvre et aux difficultés d’accès aux devises, la mobilisation des différents partenaires a permis d’aboutir à l’inauguration du Centre en septembre 2026.
Guérir les mémoires pour construire la paix

L’un des temps forts de la journée a été la conférence de M. Oscar Niyonzima, psychologue clinicien, consacrée à la « Guérison des mémoires : enjeux de réconciliation dans les pays des Grands Lacs ».
Partant du proverbe kirundi « Uwakomeretse arakomora », la conférence a abordé les conséquences des blessures non guéries sur les personnes, les familles et les communautés. Elle a distingué les traumatismes individuels, liés notamment aux violences, pertes ou déplacements forcés, et les traumatismes collectifs qui peuvent toucher une communauté ou une société entière.
Ces traumatismes peuvent se manifester par une mémoire collective blessée, la perte de confiance, le silence, les non-dits, les récits contradictoires, la transmission de la peur ou de la méfiance aux générations suivantes et une souffrance psychologique profonde. La conférence a également abordé la question du traumatisme intergénérationnel et la manière dont certaines blessures non guéries peuvent continuer à influencer les générations qui n’ont pas directement vécu les événements.
La guérison des mémoires a ainsi été présentée comme une dimension importante de la paix et de la réconciliation. Elle suppose de reconnaître les souffrances vécues, d’en comprendre les conséquences, de restaurer progressivement la confiance et de reconstruire des relations fondées sur la vérité, le respect et la dignité humaine. Le CPR apparaît, dans cette perspective, comme un lieu d’écoute, d’orientation, de formation, de dialogue et d’accompagnement psychosocial.
Un Centre au service de tous

Le panel de dialogue a permis d’approfondir les conditions nécessaires au fonctionnement du Centre : une méthodologie claire, une équipe compétente, des ressources adaptées et la participation de différents acteurs. Les échanges ont notamment porté sur l’identification et l’accompagnement des personnes vulnérables, la formation, la recherche et la mobilisation des communautés.
Les participants ont également insisté sur la nécessité de disposer de professionnels spécialisés, notamment des psychologues et des conseillers psychosociaux, pour accompagner les personnes confrontées à des traumatismes et à des difficultés nécessitant une prise en charge spécifique.
Mgr l’Évêque de Bururi a précisé que le CPR relève de l’institution diocésaine et qu’un mémorandum d’entente avec le PPR et les autres partenaires permettra de préciser les modalités de collaboration. Le Diocèse envisage par ailleurs d’autres initiatives en faveur de la paix et de la réconciliation, notamment à Buta et à Makamba.
Une nouvelle étape pour la paix et la réconciliation
L’inauguration du CPR de Nyanza-Lac ouvre une nouvelle phase : après la construction de l’infrastructure vient désormais le temps de développer pleinement sa mission. Le Centre est appelé à accueillir, écouter et orienter les personnes en difficulté, organiser des formations, soutenir le dialogue entre les communautés, accompagner les jeunes, les femmes et les leaders communautaires, promouvoir la recherche et développer des partenariats avec les universités, les institutions publiques, les organisations de la société civile, les Églises et les partenaires internationaux.
La visite de la délégation de Rottenburg-Stuttgart et l’inauguration du Centre ont ainsi rappelé une conviction commune : la construction de la paix ne peut être l’œuvre d’un seul acteur. Elle exige la collaboration des communautés, de l’Église, des autorités publiques, des professionnels, des institutions académiques, de la société civile et des partenaires internationaux.
La rencontre s’est achevée dans un esprit de gratitude et d’espérance, avec cette parole attribuée à Martin Luther King Jr. : « Si nous ne construisons pas ensemble, nous allons mourir comme des idiots. » Elle résume l’esprit de cette rencontre : construire ensemble un avenir fondé sur la dignité humaine, la justice, la fraternité et la paix.
