« Soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence » (Rm 12,2)
2–3 septembre 2026 | PTIC, Bujumbura Organisé par la Maison Lueur d’Espoir, Tapestry International et le Projet Paix et Réconciliation (PPR), sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur le Ministre de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique.
Les 2 et 3 septembre 2026, la Maison Lueur d’Espoir, en collaboration avec Tapestry International et le Projet Paix et Réconciliation (PPR), a organisé au PTIC, à Bujumbura, un atelier de travail de deux jours destiné aux Hauts Cadres de l’État. Placée sous le thème « Soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence » (Rm 12,2), cette rencontre a constitué un espace de réflexion et de dialogue sur les différentes dimensions des crises que le Burundi a connues et sur leurs conséquences dans la société actuelle.
L’atelier a cherché à dépasser une compréhension limitée des crises à leurs seules dimensions politiques ou sécuritaires. Les participants ont été invités à considérer également leurs dimensions économiques, historiques, psychologiques, spirituelles et mémorielles, afin de mieux comprendre les réalités actuelles et de réfléchir à la responsabilité des dirigeants dans la construction d’une paix durable.
Le fil conducteur des deux journées peut être résumé ainsi :
Cette démarche a permis de mettre en relation les expériences collectives du passé, les mécanismes psychologiques individuels et collectifs, les comportements actuels et la responsabilité des dirigeants dans la promotion de la paix, de la justice et du bien commun.
Première journée : comprendre les dimensions économiques et historiques des crises
La première journée a commencé par un temps de prière, une méditation et la présentation des participants. Elle a été placée sous le signe du service, de la responsabilité et de l’engagement personnel, invitant les participants à considérer leur fonction non seulement comme une responsabilité administrative, mais également comme un service envers les citoyens, les institutions et l’avenir du pays.
Le Dr Aloys Misago a ensuite présenté le volet économique des crises burundaises. Son intervention a mis en évidence plusieurs ressources qui ont, à différentes périodes, constitué des enjeux de compétition, de frustration et de tensions : la terre, l’école, l’emploi public, les rentes économiques et la sécurité.
La réflexion a montré que les crises doivent également être comprises à partir des conditions matérielles et économiques de la population. L’accès à la terre, à l’éducation, à l’emploi et aux possibilités d’améliorer les conditions de vie peut devenir source de tensions lorsqu’il est perçu comme inégal ou difficilement accessible. Les crises de 1972, 1993 et 2005 ont notamment été évoquées à travers leurs conséquences sociales et économiques : destruction des infrastructures, perturbation des marchés, déplacements de populations, perte des moyens de subsistance et aggravation des inégalités.
L’exposé a également insisté sur la nécessité de créer davantage d’opportunités économiques, éducatives et professionnelles pour les jeunes. La croissance économique, lorsqu’elle ne bénéficie pas à un grand nombre de citoyens, ne suffit pas à garantir la cohésion sociale et la paix. La réduction des inégalités apparaît ainsi comme une question à la fois économique, sociale et liée à la paix. Malgré les défis, l’intervention s’est achevée sur une note d’espérance en soulignant les potentialités dont dispose le Burundi pour son développement.
La deuxième intervention, présentée par Rémy Havyarimana, portait sur « l’histoire silencieuse et son impact sur la vie quotidienne ». Elle a montré que certaines expériences historiques continuent d’influencer les mentalités, les comportements et les relations sociales longtemps après les événements. La réflexion a notamment abordé l’histoire de la famille et de l’organisation sociale, la violence politique, la militarisation des mentalités, ainsi que les transformations liées aux conflits, au processus d’Arusha et aux dynamiques régionales.
Deuxième journée : blessures, mémoire et transformation
La deuxième journée a débuté par une méditation et une prière animées par le Père Jean Bosco Habonimana. Cette séquence a préparé les participants à approfondir les dimensions intérieures, psychologiques, morales et mémorielles des crises. La méditation a particulièrement insisté sur la nécessité, pour tout responsable, de reconnaître ses émotions, de prendre du recul, d’écouter, de discerner et de ne pas laisser les blessures personnelles ou les réactions immédiates orienter les décisions.
Le Dr Pierre Kwizera a ensuite abordé la question des traumatismes répétitifs, du cerveau, de la mémoire collective et des chemins de guérison. Il a montré que les crises peuvent laisser des traces qui ne sont pas toujours visibles, mais qui influencent les perceptions, les émotions, les relations et les comportements. Les expériences de violence, de perte, de déplacement, de séparation ou de peur peuvent ainsi laisser des empreintes durables dans les mémoires individuelles et collectives.
L’un des messages essentiels de cette session était que comprendre les mécanismes du traumatisme ne signifie ni excuser les violences ni minimiser les responsabilités. Il s’agit plutôt de mieux comprendre les mécanismes qui entretiennent certaines réactions afin de pouvoir choisir des réponses plus conscientes et plus éthiques.
Une attention particulière a été accordée à la relation entre mémoire et responsabilité. Les participants ont été invités à distinguer ce qui s’est réellement passé, ce que le cerveau retient de l’événement, la manière dont chacun interprète ce souvenir et l’influence de cette interprétation sur les réactions présentes. Cette réflexion a conduit à une question centrale : « Est-ce que je réponds à la situation présente ou à une menace que mon histoire m’a appris à redouter ? »
La réflexion a également porté sur la mémoire collective, qui peut transmettre la douleur et la peur, mais aussi la résilience, l’espérance, la solidarité et le courage. Les participants ont ainsi été invités à réfléchir à la mémoire qu’ils contribuent à renforcer par leurs paroles, leurs décisions et leurs institutions.
Vérité, justice, pardon et réconciliation
La session a également présenté cinq dimensions importantes du chemin de guérison et de reconstruction : la vérité, la justice, le pardon, la réconciliation et l’espérance. Il a été rappelé que le pardon ne signifie ni l’oubli, ni le déni, ni l’impunité, ni l’absence de justice. Il peut constituer progressivement un chemin de libération de la vengeance et de reconstruction des relations.
La réflexion sur le leadership a permis de mettre en évidence l’importance de la transformation personnelle dans l’exercice des responsabilités publiques : passer de la méfiance à la confiance responsable, de la peur au courage, de la vengeance à la justice, du favoritisme à l’équité et de la réaction au discernement. Le responsable public est ainsi appelé à favoriser un environnement de sécurité, à écouter les différentes parties, à rechercher les faits, à décider avec impartialité et à protéger la dignité et les droits de chacun.
La dernière grande session, animée par Emmanuel Ndikumana, PhD, de la Maison Lueur d’Espoir/PTIC, a porté sur la gestion des mémoires et le pardon au Burundi. Les échanges ont abordé le silence autour de certaines blessures, la transmission des traumatismes et des peurs entre générations, ainsi que l’importance de la vérité, de la justice et du dialogue dans les processus de réconciliation.
Les participants ont retenu que la réconciliation est un processus. Elle ne peut être réduite à un acte, une cérémonie ou une déclaration. Elle demande du temps, de l’écoute, de la vérité, de la justice, du pardon et une volonté partagée de reconstruire les relations.
De la réflexion à l’engagement
Les travaux en groupes, les échanges en plénière et le panel ont permis de relier les enseignements aux réalités concrètes de l’exercice des responsabilités publiques. À travers des exercices tels que « Ma carte d’héritage » et « Briser le cycle », les participants ont été invités à identifier les valeurs, peurs, réflexes et silences reçus en héritage, à reconnaître ceux qui influencent encore leurs décisions et à réfléchir aux attitudes à transmettre aux générations futures.
Au terme des deux journées, l’atelier a mis en évidence que la construction d’une paix durable au Burundi est liée à la transformation des personnes, des mentalités et des institutions. Les crises laissent des traces dans l’économie, l’histoire, les familles, les mémoires, les émotions et les comportements. Mais le passé, tout en influençant le présent, ne doit pas nécessairement déterminer l’avenir.
Pour la Maison Lueur d’Espoir, Tapestry International et le Projet Paix et Réconciliation, cette rencontre constitue une contribution à la promotion d’une culture de paix au Burundi, en créant des espaces où les responsables peuvent comprendre les racines des crises, réfléchir aux blessures du passé et rechercher ensemble des chemins de transformation, de réconciliation et de reconstruction.