Date : 8 septembre 2026
Lieu : Université du Burundi
Thème : « Construire la paix ensemble : savoirs, responsabilité et partenariats entre l’Afrique et l’Europe »
Le 8 septembre 2026, l’Université du Burundi a accueilli une délégation du Diocèse de Rottenburg-Stuttgart, conduite par Mgr Klaus Krämer, dans le cadre du partenariat entre l’Université du Burundi, le Projet Paix et Réconciliation (PPR) et l’Institut pour la Paix et la Réconciliation (GIPRES). Cette rencontre avait pour objectif de renforcer le dialogue entre les institutions universitaires, ecclésiales et les différents acteurs engagés dans la promotion de la paix. Elle a également permis de réfléchir au rôle de la recherche, de la formation, de la jeunesse, du dialogue interculturel et de la société civile dans la consolidation d’une paix durable au Burundi et dans la région des Grands Lacs.
Une rencontre au Rectorat
La délégation a d’abord été reçue au Rectorat de l’Université du Burundi par le Recteur, accompagné de membres de la Direction de l’Université et du noyau de GIPRES. Dans son mot d’accueil, le Recteur a présenté l’Université du Burundi comme une institution nationale engagée dans la formation de la jeunesse, la recherche scientifique et le service à la communauté.
Il a souligné l’importance de l’engagement de l’Université dans le Projet Paix et Réconciliation (PPR), au sein de GIPRES et du Comité de pilotage du PPR. Cette collaboration constitue une base pour développer la recherche sur la paix, organiser des formations, produire des connaissances, favoriser le dialogue public et soutenir les initiatives de réconciliation. La rencontre a également mis en évidence la nécessité de renforcer les partenariats entre les universités, les Églises et les organisations de la société civile.
Dialogue à la Faculté d’Économie

La rencontre-dialogue à la Faculté d’Économie a réuni des représentants de l’Université du Burundi, des membres du PPR/GIPRES, des enseignants-chercheurs, des étudiants, des acteurs de la paix et la délégation allemande. Les échanges ont porté sur les défis de la paix, de la réconciliation et de la guérison des mémoires au Burundi et dans la région des Grands Lacs, ainsi que sur les possibilités de coopération dans la recherche, la formation, la mobilité académique, l’engagement des jeunes et le dialogue interculturel.
Dans son intervention, Mgr Klaus Krämer a souligné la place centrale de la paix et de la réconciliation dans le contexte burundais. Il a expliqué que les relations du Diocèse de Rottenburg-Stuttgart avec ses Églises partenaires reposent non seulement sur l’appui matériel, mais surtout sur le dialogue, l’écoute mutuelle, le partage d’expériences et la construction de relations de confiance.
Il a également insisté sur le rôle complémentaire de l’Église et de l’Université. L’Église peut contribuer, par son engagement pastoral et communautaire, au rapprochement des personnes et à la réconciliation, tandis que l’Université peut apporter des outils scientifiques permettant de mieux comprendre les causes des conflits, d’analyser les dynamiques sociales et de documenter les expériences vécues. Il a ainsi encouragé la poursuite du dialogue entre les institutions universitaires, les Églises, les pouvoirs publics et la société civile, dans une dynamique visant à passer « du dialogue à l’action ».
Présentation de GIPRES et état d’avancement des travaux
Le Professeur Alexis Banuza a ensuite présenté l’état d’avancement des activités du Projet Paix et Réconciliation ainsi que les travaux de la Commission scientifique relatifs à la mise en place de l’Institut GIPRES-Mont Sion.
Il a rappelé que le projet « Cluster Promotion de la paix » se trouve dans sa deuxième phase, avec deux objectifs principaux : la construction du Centre de paix de Nyanza-Lac, déjà réalisée et inaugurée la veille, et la mise en place de l’Institut de Paix et Réconciliation à Mont Sion Gikungu, à travers GIPRES. Cette deuxième phase doit permettre de passer de la réflexion à une étape plus opérationnelle, avec une gouvernance claire, une offre de formation structurée, des activités de recherche, des partenariats et des moyens de fonctionnement adaptés.
La présentation a également porté sur l’état des lieux de la recherche sur la paix et la réconciliation au Burundi et dans la région des Grands Lacs. L’étude a montré que, malgré l’existence de plusieurs publications et initiatives, la recherche consacrée à ces questions reste encore insuffisamment développée et qu’il n’existe pas encore au Burundi une institution pleinement consacrée à la production, à la centralisation et à la diffusion des connaissances dans ce domaine.
Dans cette perspective, GIPRES est appelé à devenir un espace de recherche, de formation, de documentation, de dialogue et d’accompagnement des initiatives de paix, en rapprochant les savoirs académiques, les expériences communautaires, les pratiques ecclésiales et les politiques publiques. Parmi les recommandations figurent notamment le développement de la recherche-action participative, l’approfondissement des études sur la guérison des mémoires et la reconstruction de la confiance, ainsi que le renforcement de la participation des femmes et des jeunes aux processus de paix et de réconciliation.
Vers l’opérationnalisation de GIPRES
La Commission scientifique a confirmé la pertinence de la création d’un Institut de Paix et Réconciliation au Burundi. Elle a proposé trois principaux documents de travail : un plan directeur, un programme de formation et d’activités, ainsi qu’un document relatif à la gouvernance de l’Institut. Ces documents constituent une base pour l’opérationnalisation de GIPRES, tout en nécessitant encore un approfondissement et une adaptation aux réalités institutionnelles, juridiques et financières.
Les perspectives identifiées comprennent notamment l’élaboration d’une offre de formation complète, la clarification du statut juridique de l’Institut, l’identification de partenaires nationaux et internationaux, le développement de projets de recherche sur la paix, la réconciliation, la prévention des conflits et la guérison des mémoires, ainsi que l’organisation de conférences, colloques, ateliers scientifiques et universités d’été. Une attention particulière sera également accordée à l’éducation à la paix auprès des jeunes, des étudiants, des enseignants et des communautés.
Une paix qui va au-delà de l’absence de guerre
Les échanges ont également permis de réfléchir à la nécessité de GIPRES dans un contexte où le Burundi connaît actuellement une situation de paix. La discussion a distingué la paix négative, comprise comme l’absence de guerre ou de violence armée visible, et la paix positive, fondée notamment sur la justice, la confiance, le respect de la dignité humaine, l’inclusion, la participation citoyenne, la résolution non violente des conflits et la guérison des blessures du passé.
Dans cette perspective, même lorsque les armes se taisent, le travail de prévention, de dialogue, de recherche et d’éducation à la paix demeure nécessaire. GIPRES pourrait ainsi accompagner différents groupes : étudiants, enseignants, chercheurs, responsables religieux, jeunes, femmes, leaders communautaires, organisations de la société civile et décideurs publics.
Mgr Klaus Krämer a également partagé les impressions de la délégation sur son séjour au Burundi. Il a apprécié l’accueil reçu et la chaleur humaine rencontrée, tout en soulignant que certaines souffrances liées au passé semblent encore peu discutées ouvertement. Il a ainsi encouragé la poursuite du travail de dialogue, de vérité, de guérison des mémoires et de réconciliation, ainsi que le renforcement des liens entre les Églises et les universités.
Une dynamique de partenariat pour la paix
La rencontre a enfin permis de réfléchir à la complémentarité entre le Centre de Paix et Réconciliation (CPR) et GIPRES. Les échanges ont proposé que GIPRES joue principalement un rôle académique et scientifique dans la recherche, la formation, la documentation et la production de connaissances, tandis que les CPR pourraient davantage être engagés dans les activités pratiques, communautaires et opérationnelles de promotion de la paix. Cette complémentarité devra être précisée dans les documents institutionnels et les mécanismes de partenariat.
La rencontre du 8 septembre a ainsi constitué un moment important de dialogue, de partage d’expériences et de réflexion sur l’avenir du partenariat pour la paix et la réconciliation. Elle a permis de faire le point sur les réalisations déjà accomplies, notamment la construction et l’inauguration du Centre de paix de Nyanza-Lac, les premiers travaux de recherche et les documents préparatoires à la création de GIPRES.
Elle a également confirmé l’importance d’une recherche-action collaborative associant chercheurs, communautés, jeunes, femmes, Églises, institutions publiques et société civile. À travers cette dynamique, les partenaires réaffirment leur engagement autour d’une même vision:
« Construire la paix ensemble : savoirs, responsabilité et partenariats entre l’Afrique et l’Europe. »
